Armance et Apolline, l’amour du tissus

Comment es-tu devenue créatrice ? Quel est ton parcours ?

Après mes études supérieures, je me suis installée à Paris où j’ai exercé différents postes financiers dans le domaine tertiaire (signalétique publicitaire, bureau d’études).

Il y a 4 ans, j’ai quitté ma zone de confort  et le monde de l’entreprise pour devenir artisan. Concrétiser (enfin) le projet que j’avais en tête depuis de nombreuses années.

Mon besoin d’indépendance se renforçait et je souhaitais surtout trouver un modèle de vie professionnelle qui me corresponde. Lâcher le clavier pour la machine à coudre et être en relation directe avec la matière.

Parallèlement, j’ai repris mes études dans le domaine de la gestion d’entreprise dans le but d’étendre mes compétences et lancer plus logiquement et aisément ma marque d’accessoires.

Le lancement de ces deux projets en parallèle était intense et dynamique mais s’est finalement avéré captivant et complémentaire.

Mon diplôme obtenu, j’ai intégré une couveuse d’entreprise, puis une coopérative ouvrière qui m’ont permis, pendant 18 mois, de tester la pertinence et la crédibilité de mon projet avant de me lancer seule avec Armance et Apolline.

Je suis auto-entrepreneure depuis mars 2019.

Comment te définis-tu en tant qu’artiste ? Parle-nous de l’univers d’Armance et Apolline

Je suis artisane.

J’aime les tissus, je recherche et choisis les matières les plus adaptées aux projets que je conçois. Je dessine, je peins, je couds, je donne libre cours à mon imagination.

Être au cœur de la création est l’un des aspects les plus plaisants de mon métier. Je suis dans le concret en travaillant avec mes mains. Je m’épanouis dans mon travail en vivant d’une activité qui a du sens, proche de mes convictions.

Les textiles, c’est pour moi la transmission du savoir familial. Je suis originaire des Vosges où les filatures et tissages ont profondément marqué plusieurs générations. Mon grand-père, mon père ont travaillé de nombreuses années en atelier et une de mes sœurs est couturière. Rattrapée par la génétique, il était évident pour moi de continuer dans ce domaine en concevant des accessoires de mode.

Aussi et surtout, ce projet est porté par l’ensemble de ma famille. Soutien incontestable de la troupe entière: mon époux qui m’encourage et me conseille depuis les premiers balbutiements du projet et mes deux filles qui s’investissent beaucoup côté marketing et me servent de modèles pour les shooting.

Tu peux nous en dire davantage sur tes matières de prédilection et tes techniques de travail ?  

J’utilise beaucoup de matières que j’associe en fonction des projets que j’ai en tête.

J’aime plus particulièrement travailler la soie. C’est une matière vivante, variée et résistante qui s’adapte à de nombreuses de mes créations.

Le lin, quant à lui, est ma « madeleine de Proust », la première matière que j’ai travaillée.

Il y a aussi la laine, que je choisis légère et fluide pour les écharpes, le wax aux couleurs éclatantes que j’utilise pour beaucoup de mes sacs.

Je travaille également des coupons de tissus d’ameublement qui me servent de base pour mes cabas de ville. Matière rigide, épaisse dont je détourne l’utilité première pour concevoir des accessoires de mode stylés et écologiques.

En fait, j’adopte l’upcycling pour la grande majorité de mes créations. Cette initiative permet de valoriser, par exemple, des coupons d’ateliers de haute couture inutilisés à cause de leur forme ou de leur taille.

Mes techniques de travail sont différentes en fonction des créations.

Je gère personnellement tout le processus de fabrication : la découpe et l’assemblage se font manuellement. J’utilise, bien évidemment ma machine à coudre pour la confection mais effectue les finitions à la main.

Pour les écharpes, en soie notamment, après la découpe des matières, l’assemblage se fait avec du papier de soie et un bâti avant de passer à la couture. Si la matière est transparente, je pratique une couture à l’anglaise pour qu’aucune bordure de tissu n’apparaisse. Certaines de mes créations demandent jusqu’à trois heures de travail.

Pour les sacs, cabas et autres tote bag, je découpe sur les bases de gabarits que j’ai personnellement réalisés.

De l’idée à la réalisation, tu nous expliques ton processus de création ? 

Tout se défini lorsque je pars à la recherche de tissus. J’adore fouiner, toucher. Lorsque je trouve la matière qui « me parle », j’envisage l’accessoire, le format, le mélange des matières que je peux élaborer. Le sens tactile a beaucoup d’importance pour moi. Pour les écharpes par exemple, je passe les matières dans mon cou pour vérifier qu’elles sont suffisamment douces, fluides et agréables à porter.

Une fois le tissus acheté, je me mets quasiment de suite à la conception de l’accessoire tant je suis impatiente de voir le résultat.

Souvent, en amont, je crée des croquis à l’aquarelle pour représenter des looks, pour femmes, pour hommes, classiques, habillés ou décontractés.  Ils me permettent de donner vie à mes idées, ils proposent une mise en scène vestimentaire.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration pour Armance et Apolline?

Au quotidien, l’inspiration me vient tout simplement en regardant mes tissus. J’ose les contrastes, je joue avec les camaïeux. En les choisissant, je trouve l’harmonie et j’obtiens un juste équilibre entre les matières fluides, chaudes, vivantes et les couleurs.

Aussi, je me mets en alerte sur les tendances de la mode actuelle : quel accessoire, quelle couleur, quel format pourrait convenir à une robe vue dans un magazine ou dans une boutique?

A sa création, Armance et Apolline était une marque d’écharpes, exclusivement. Puis au fur et mesure de l’avancement du projet j’ai pris conscience de tout le potentiel que m’apportait le travail des tissus. Élargir ma gamme de créations me donnait la possibilité d’aiguiser ma créativité en inventant, créant de nouveaux accessoires.

Également, dans mon parcours de création, l’enrichissement personnel et l’inspiration passent aussi par le voyage. Pour moi, il est important de  découvrir de nouvelles cultures, des souffles créateurs différents. D’ailleurs, quand cela est possible, je ramène des tissus de mes pérégrinations. Du Batik d’Indonésie, de la soie du sud de l’Inde ou du coton de Roumanie….. que je transforme ensuite en étoles, sacs, ceintures ou manchettes.

Enfin, deux années d’études d’histoire de l’art ont aiguisé ma sensibilité pour le design et la peinture, qui animent l’esprit de chaque création.

Parle-nous de tes projets à venir

J’ai pour projet d’élaborer une gamme de bracelets et ceintures alliant le cuir et la soie, en partenariat avec une amie sellière. J’ai déjà élaboré plusieurs modèles. Il nous reste à étudier quelles caractéristiques de cuir, quelles épaisseurs sont les plus idéalement adaptées à ce type d’accessoires.

Aussi, en collaboration avec trois autres artisans/créateurs, nous avons le projet d’ouvrir un espace de vie cosy regroupant une boutique, un espace atelier regroupant une sellière, une céramiste et moi-même et une galerie. Ce projet était bien avancé avant que  n’arrive la crise sanitaire. Il n’est, je l’espère, repoussé que de quelques mois….

Qu’est-ce qui fait la particularité de tes créations ?

1/Toutes les créations Armance et Apolline (petites et grandes) sont des pièces uniques.

2/L’up-cycling également qui pour moi constitue un levier fort d’attractivité et une fierté non négligeable d’appartenance à un nouveau mode de fabrication. (je donne d’ailleurs mes propres chutes de tissus à une entrepreneure dont l’objectif est d’animer des ateliers de créativité sur le recyclage et la valorisation d’objets recyclés)

3/ Le Made in Paris/France : Pour moi il est important d’adopter une confection équitable : fabriquer en France est une bonne manière, non seulement de concevoir une mode moins destructrice pour l’homme et l’environnement, mais aussi de trouver des solutions d’engagements sociaux et humains qui sont les vecteurs de nombreux effets positifs sur la mode.

4/ Armance et Apolline a reçu le label « Fabriqué à Paris » trois années consécutives.

Quel objet insolite pourrait-on trouver dans ton atelier ? 

La « malle aux trésors » en bois que mon grand-père à fabriquée pour ma grand mère il y a de nombreuses années. Elle est assez imposante dans mon atelier, mais comporte trois étages avec des petites boîtes incorporées dont je me sers désormais pour ranger mon matériel de couture.

Petit défi : « 3 mots pour décrire ou définir tes créations »

Uniques, intemporelles, artisanales.

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